Salles de Shoot : Interview avec le Collectif Riverains Lariboisière-Gare du Nord

En 2016 a été inaugurée à titre expérimental une SCMR ( dites « Salles de Shoot »), adossée à l’hôpital Lariboisière  dans le 10ème arrondissement de Paris, dans le cadre de la loi Santé du 26 janvier 2016 (innovation et réduction des risques). L’hôpital n’intervient nullement dans le fonctionnement de la salle. Comme précisé sur Paris.fr, cette salle permet “la consommation sous la  surveillance d’un personnel qualifié capable d’expliquer les risques et de recommander des pratiques plus sûres ». C’est donc bien un lieu de consommation supervisée et non de sortie de la dépendance.

Le Collectif Riverains Lariboisière – Gare du nord est un collectif apolitique d’habitants & commerçants. Il agit pour le mieux vivre dans le quartier de la Gare du Nord. Favorable à la prise en charge médico-sociale des usagers de drogues, il considère néanmoins qu’une SCMR est incompatible avec la proximité immédiate de riverains.

Note : les numéros de pages indiquées dans l’interview renvoient aux pages du Rapport de l’Inserm sur les SCMR (mai 2021)


Question : Après 5 ans de fonctionnement de la salle de consommation à moindre risque (SCMR ou Salle de Shoot), quel bilan peut-on faire de la prise en charge des toxicomanes (conditions d’accueil, diminution effective des risques d’overdose et d’infection, prise en charge sociale, reprise de contact, accompagnement vers le sevrage)

Réponse : Il y a le bilan que font les « officiels » à l’origine de ce projet qui est, il faut le rappeler, une « expérimentation » jusqu’à octobre 2022. Pour eux, c’est une réussite sur tous les plans ! Et il y  le bilan des riverains pour qui cette salle n’est que source de nuisances, nous y reviendrons.

Les informations dont nous disposons concernant le fonctionnement de la salle et les points que vous énumérez, nous les tenons d’une part de l’association Gaïa qui gère la SCMR du 10ème arrondissement de Paris et qui, de ce fait, est à la fois juge et partie ;  et d’autre part du rapport de l’INSERM sur les SCMR, rendu public en mars 2021, lequel a été coordonné par une sociologue qui ne cache pas son militantisme en faveur des SCMR.

Mais arrêtons-nous quand même sur les données de ce rapport concernant des points essentiels touchant à l’un des objectifs des SCMR, à savoir la réduction des risques

Sur ce plan, l’étude reconnaît que si la fréquentation de la salle a permis de traiter par des soins infirmiers certaines pathologies liées aux injections (abcès notamment) et de réduire le nombre d’overdoses, elle « n’a pas permis d’améliorer l’accès au dépistage VHC, aux médicaments de l’addiction aux opiacés, à la médecine de ville » (p. 92). 

Elle reconnaît aussi, sur la base d’une simulation couvrant une période de 10 ans entre 2016 et 2026, que par rapport à la situation sans SCMR, les « SCMR permettent d’éviter un nombre relativement modeste d’infections VIH (6%) et VHC (11%) » (p. 112 et 120). 


Question : Il y a donc diminution de nombre de morts grâce à la SCMR ? 

Réponse : Oui, mais la simulation évoquée précédemment parvient à un résultat – très modeste lui aussi – concernant l’espérance de vie : « 22 décès évités grâce aux SCMR sur 10 ans à Paris et 21 à Strasbourg, soit des diminutions de respectivement de 6,7% et 9,6% du nombre de décès qui auraient été observés sans SCMR ».

Autrement dit, il y a  seulement  « une augmentation d’espérance de vie de 5 à 6 mois dans les populations fréquentant les SCMR », sachant qu’une fraction de cette population (non chiffrée dans l’étude) est porteuse du VIH notamment (p.113 et 120). Et de quelle qualité de vie s’agit-il ?!

Sur une période de 10 ans et compte tenu des investissements financiers consentis par les pouvoirs publics, les résultats de cette projection sont  loin d’être convaincants. 


Question : Et quid du sevrage ?

Réponse : Rappelons encore une fois que le sevrage ne fait pas partie des objectifs des SCMR et le rapport de l’INSERM n’en dit rien. 

Ces derniers jours, en raison de l’actualité portant sur ces salles, pour tenter de donner une réponse à cette question capitale, les responsables de la SCMR de Paris, disent qu’ils auraient en 5 ans « orienté 200 personnes vers un centre de soins ». Mais dire qu’ils les ont orientés, ne signifie pas qu’ils ont été pris en charge ou accepté de l’être. Pour quels soins et pour quels résultats ? Ces responsables n’avancent rien de précis et rien de concret.

Du reste, le « suivi médical » au sein de la salle parisienne se réduit à des soins dispensés par des infirmiers. Quant au ½ poste de psychiatre censé prendre en charge les usagers qui en ont besoin, il n’est pas permanent et sa réalité est aléatoire. 

Les différentes données extraites du rapport de l’INSERM mettent en évidence, que l’objectif des SCMR reste un accompagnement de l’addiction et que l’effet principal recherché consiste, grâce à la sécurisation offerte, à améliorer, pour les usagers, la qualité de leur « vie avec les drogues ». Ce fait est confirmé à la page 82 du rapport  puisque sur « les individus ayant fréquenté la SCMR, plus de 93% souhaitent continuer à l’utiliser ».


Question : On entend souvent que les usagers continuent à se droguer dans l’espace public. Or ces chiffres démontrent le contraire : ce taux élevé d’usagers qui souhaitent continuer à recourir à la SCMR, n’est-il pas un signe de la nécessité de ces salles ?

Réponse : Oui des usagers de drogues continuent à s’injecter ou fumer du crack dans nos rues, tout près de la SCMR. Quant au chiffre de 93% on pourrait être tenté de penser qu’il est un bon signe. Mais la réalité qui se cache derrière ce taux mérite d’être regardée. En effet, l’étude de l’INSERM a interrogé des usagers de drogues (p. 84-86). Pour ceux qui fréquentent la SCMR à Paris et Strasbourg, les raisons évoquées sont, avec le pourcentage associé :

  1. « consommer proprement » (48,8%)
  2. « le confort et la sécurité » (24%)
  3. « la qualité des services » (22,9%)
  4. « recevoir d’autres services (22%) 
  5. « recevoir des conseils » (3%).

Ce qui fait apparaître que tout ce qui relève du confort et de la sécurité (1.+2.+3. = 48,8%+24%+22,9%) représente 95,7% des raisons de se rendre à la SCMR. La volonté d’être aidé à sortir de l’addiction n’apparaît nullement.

Pour ceux qui, à Paris et Strasbourg, ne veulent pas se rendre à la SCMR, 35,7% expliquent leur refus par leur volonté de diminuer ou d’arrêter la consommation de stupéfiants.

Ce qui confirme que la SCMR offre une sécurité et un confort qui ne délivrent pas les usagers de l’addiction, au contraire, mais les y installent durablement (p. 85-86).


Question : L’installation d’une SCMR à proximité immédiate d’habitations et lieux de vie n’est pas sans impacts pour le cadre de vie et la tranquillité des riverains. Lesquels sont-ils ?

Réponse : A Paris, dans le secteur de la SCMR, les riverains sont confrontés très régulièrement à des scènes de trafics de drogue, des injections  en pleine rue, des fumeurs de crack au vu de tous. Sans parler des bagarres, hurlements, incivilités diverses (épanchements d’urine et défécation dans la rue), agressions verbales et physiques, dégradation du mobilier urbain, effraction des portes d’immeubles…

Le quartier de la SCMR se caractérise par la présence de barreaux aux fenêtres et entrées de parking, mais aussi par les caméras installées dans les entrées d’immeubles aux frais des habitants pour se protéger contre ces intrusions… Deux stations de voitures d’auto-partage, à quelques mètres de la salle, dont les véhicules étaient transformés en lieux de shoot, de deal et de prostitution, ont  été contraintes de fermer…  Récemment, un toxicomane, visiblement dans un état second, est allé jusqu’à se masturber en pleine rue à 20 mètres de la SCMR. Est-il normal que les riverains subissent ce genre de spectacle et toutes ces nuisances ? 

Il serait normal qu’elles soient prises en compte dans un bilan comme celui de l’INSERM, s’il était objectif et honnête.


Question : Mais ce secteur était déjà affecté par la drogue, non  ?

Réponse : Nous ne disons pas que ce quartier était un havre de paix avant 2016. Comme tout quartier de gare et a fortiori dans une grande ville, il connaissait déjà la toxicomanie. Mais c’était sans commune mesure avec l’afflux de toxicomanes et donc de dealers que la SCMR a attirés et continue d’attirer. Les responsables de la salle revendiquent entre 300 et 400 passages par jour dans la salle ! On peut donc facilement imaginer les effets produits par un tel afflux.


Question  : Le rapport INSERM de 2016 précise par exemple que concernant la délinquance, le    quartier n’est pas particulièrement problématique depuis l’installation de la salle. Néanmoins, la SCMR est désormais requalifiée en Zone de Sécurité Prioritaire et bénéficie de moyens policiers supplémentaires. Ces moyens alloués permettent-ils au moins de traiter les atteintes à l’ordre public ?

Réponse : L’intégration du secteur SCMR à la Zone de Sécurité Prioritaire 10-18 (ZSP 1018) remonte en réalité à janvier 2018, soit deux ans après l’ouverture de la salle.

Cette décision avait été prise par le précédent Préfet de Police de Paris, M. Michel Delpuech, suite à une visite incognito dans le quartier de la SCMR ainsi qu’aux courriers d’habitants dont il avait été destinataire, et après avoir reçu notre Collectif. Preuve s’il en est que le quartier était devenu en deux ans particulièrement problématique. Comme le montre la carte de cette ZSP (cf. Carte de la ZSP 1018), les quartiers qui  y sont intégrés sont tous particulièrement chauds en termes d’insécurité et de délinquance : il s’agit de Château rouge-Marcadet ; Barbès-Goutte d’Or ; La Chapelle-Pajol-Dormoy ; plus le secteur SCMR et la Gare du Nord. Ce n’est pas rien !

Les moyens alloués restent manifestement insuffisants au regard de l’ampleur de la zone et de son état critique. Si bien que malgré ses efforts, la police ne peut être en permanence dans notre secteur  puisqu’il y a tous les autres quartiers de Paris à couvrir. 

Ajoutons que dans un mail en date du 16/11/2020 adressé par le Commissaire du 10ème arrondissement à notre Collectif de riverains, on pouvait lire que dans la ZSP 10-18, le quartier SCMR-Lariboisière-Gare du Nord dans le 10ème « compte pour la moitié des chiffres de la délinquance de la ZSP 10-18 », ce qu’avait déjà souligné la Commissaire responsable de cette ZSP. N’est-ce pas suffisant pour démontrer que les affirmations du rapport de l’INSERM sont fallacieuses ?


Question : Comment expliquer cette forte insécurité ?

Réponse : Le problème majeur vient du fameux « périmètre d’immunité pénale »  institué par une circulaire du Ministère de la Justice, tout autour de la SCMR et des rues adjacentes. 

Celui-ci a pour but  de permettre aux usagers de la salle d’avoir sur eux les quantités pour leur propre consommation sans être inquiétés.

Mais dans la réalité des faits, en l’absence d’une présence policière permanente et d’un policier derrière chaque individu pour contrôler cette quantité, on retrouve dans ce périmètre, les dealers pour qui il est une aubaine, les usagers qui refusent d’aller à la salle, ceux qui vont à la salle et consomment aussi à l’extérieur, sans compter d’autres formes de délinquance. 

Résultat : avec la SCMR du 10ème , les nombreux riverains sont condamnés à vivre dans une zone de non-droit, sans avoir été consultés ! Où est l’égalité de tous devant la loi ?!!

Il faudrait déjà ne pas évacuer le sevrage mais au contraire se donner pour objectif de « sortir de la drogue » plutôt que de vivre avec.

Collectif Lariboisière Gare du Nord

Question : Le fléau de la consommation et du trafic des drogues dures n’est pas nouveau à Paris. Diriez –vous que l’ouverture d’une SCMR est la moins pire des solutions ? Sinon, lesquelles auraient pu être envisagées ?

Réponse : Il est évident qu’il faut prendre en charge les toxicomanes et particulièrement ceux qui sont dans une situation socio-économique précaire, les poussant à vivre dans la rue et à y consommer.

La SCMR comme son nom l’indique leur offre la possibilité de continuer à consommer mais de manière sécurisée. En soi, c’est déjà un point positif. Simplement, il faut rappeler que ce dispositif de consommation encadrée avait été promu à l’origine pour endiguer l’épidémie du VIH et la contamination par le VHC. Aujourd’hui, compte tenu des évolutions, ce modèle parait dépassé : il n’est plus possible de se contenter de sécuriser la consommation, même accompagnée de soins infirmiers et d’une aide à caractère social. L’ambition politique et sanitaire doit être revue. 

Question : C’est à dire ?

Réponse : Il faudrait sortir du schéma actuel de la SCMR et de ses présupposés idéologiques que résume la formule « vivre avec les drogues » dont se réclame le rapport de l’INSERM. 

Il faudrait déjà ne pas évacuer le sevrage mais au contraire se donner pour objectif de « sortir de la drogue » plutôt que de vivre avec. Cet objectif n’est sans doute pas facile à atteindre mais il doit être explicitement visé. Cela suppose à l’évidence des structures plus complètes que les actuelles SCMR qui offriraient un parcours de soins rigoureux,  assuré par un personnel médical qualifié et impliquant une rupture avec le milieu de la consommation et du deal. Ce pourrait être au sein d’un établissement hospitalier ou dans un centre spécifiquement dédié.

Une autre voie possible dont on parle très peu et qui n’est jamais retenue par les acteurs de la réduction des risque est celle des « communautés thérapeutiques ». Ces structures, installées loin des concentrations urbaines assurent, en plus du sevrage, la réinsertion sociale. Des exemples existent qui ont fait leurs preuves. Ils méritent d’être pris en considération. 


Question : On parle souvent de l’exemple de Strasbourg comme réussite des SCMR au plan national. En quoi les conditions et le bilan différent de la salle parisienne ?

Réponse : En tant que SCMR, on constate en effet que la salle de Strasbourg assure à la fois la consommation supervisée et la tranquillité publique qui sont les deux objectifs assignés aux SCMR.  Elle assure aussi, depuis peu, un hébergement sur place aux usagers les plus précaires. 

Pour ce qui est de la tranquillité publique, la question avait été réglée dès le départ puisque cette salle est située au sein d’un hôpital et au bord d’un canal. Elle n’a aucun voisinage de riverains : pas d’habitants, pas d’écoles, pas de commerces. Les documents préparatoires à son ouverture montrent le souci qu’a eu la Municipalité de Strasbourg d’éviter la proximité avec des quartiers habités, en analysant les distances avec tous les lieux à proximité.

A Paris, rien de tel n’a été mené, c’est sans concertation ni étude d’impact que les responsables ont décidé d’installer la SCMR au cœur d’un quartier très dense où vivent plus de 500 familles, avec écoles, commerces, etc.  Est-ce un hasard si le Ministre de la Santé, Olivier Véran, fait régulièrement l’éloge de la salle de Strasbourg et garde un silence qui en dit long sur celle de Paris ? Même réserve chez Martine Aubry, Maire de Lille, lors de son Conseil municipal de juillet dernier. Evoquant le projet d’ouverture d’une SCMR dans sa ville, son modèle était Strasbourg pour éviter disait-elle les problèmes causés au voisinage par la salle de Paris.


Question : Vous avez fait allusion précédemment à l’investissement financier des pouvoirs publics concernant les SCMR. Qu’en est-il ?

Nous ne sommes pas dans le secret des dieux ! Les informations chiffrées dont nous avons connaissance sont celles fournies par le rapport de l’INSERM. Pour la SCMR de Paris : 

  • Coût de la mise en place de la salle : 1 021 362€ (aménagement) + 37 995€ (équipement).
  • Coût de fonctionnement : 
    • 2016 : 448 600€ 
    • 2017 : 1 431 742€ 
    • 2018 : 2 139 550€ 
    • 2019 : 2 528 013€ (Les chiffres pour 2020 et 2021 ne sont pas communiqués dans le rapport) 

Sans parler des frais occasionnés aux riverains par les dispositifs de protection qu’ils sont obligés d’installer contre les intrusions dans les immeubles et parkings. Exemple : les cages installées aux entrées du parking Indigo face à la SCMR ont coûté plus de 100 000 euros selon le représentant de cette entreprise au Comité de Voisinage de la salle.

Le rapport préconise une ouverture de la SCMR 24h/24. Dans cette hypothèse, il serait donc à prévoir un coût de fonctionnement au moins doublé (le travail de nuit a un coût plus élevé). Sans compter qu’ouvrir une SCMR 24h/24 serait condamner les riverains de la salle de Paris, déjà privés de tranquillité le jour, à ne plus dormir durant la nuit.

Il préconise aussi pour Paris la multiplication des SCMR, la transformation des CAARUD en SCMR…autant de mesures reprises par les décideurs. On imagine le coût qu’engendrerait la réalisation de ces préconisations.

Le but est pour eux [Mairie de Paris] d’éviter de parler de « salle de consommation », véritable épouvantail aux yeux de l’opinion publique en raison de ce qui se passe dans le quartier de la SCMR du 10ème arrondissement

Collectif Lariboisière Gare du Nord

Question : Qui paie les frais occasionnés pour le voisinage à l’occasion de l’installation des dispositifs de protection contre les intrusions et dégradations dues aux usagers de drogues? 

Réponse : Les riverains évidemment ! 

Question : Face au fléau du crack, la mairie de Paris et les maires des arrondissements concernés proposent de multiplier des SCRM, rebaptisés centres d’accueil et de prise en charge pour la consommation de crack. On sait pourtant que les usages diffèrent : il n’y a pas de risque de transmission de maladies infectieuses avec des seringues pour le crack et il n’y a pas de produit de substitution aux opiacés qui pourrait leur être proposé. Que peut-on anticiper en terme d’impacts aussi bien pour les consommateurs de crack que pour les riverains ?

Réponse : On assiste ces derniers temps à une inflation de termes nouveaux chez les politiques et les associations en charge des usagers de drogues. Le but est pour eux d’éviter de parler de « salle de consommation », véritable épouvantail aux yeux de l’opinion publique en raison de ce qui se passe dans le quartier de la SCMR du 10ème arrondissement. Le vocable “salle de shoot” dont usent certains est régulièrement rejeté par les défenseurs du modèle SCMR, qui y voient leur action réduite à la seule possibilité de se “shooter”. Faut-il rappeler que Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien spécialisé dans l’addiction, et référence unanimement respectée dans les milieux de la réduction des risques, a publié un ouvrage sous le titre « Salles de Shoot » (éd. La Découverte 2013) ?  Personne ne peut le soupçonner d’être hostile à ces structures !

Pour vous répondre, il est évident qu’il faut mettre fin aux déplacements des nombreux usagers de crack qui errent à l’abandon dans le NE parisien, et sont depuis peu parqués porte de la Villette.

Néanmoins calquer le modèle de la SCMR, qui a montré ses limites, pour les usagers du crack risque fort de gonfler la consommation de drogue sans réelle avancée sur le plan sanitaire ou sécuritaire.

La raison en est que le crack est une  drogue particulièrement addictive, si bien qu’on ne voit pas comment les projets annoncés permettront de sortir de la crise actuelle :

  1. Si les futures structures ne sont que des salles de soins et de repos : où donc consommeront les usagers, sinon sur la voie publique où les dealers continueront à les attendre?  De plus, croit-on vraiment, au regard du profil très particulier de ces usagers, qu’ils se rendront dans ces lieux juste pour se reposer et recevoir des soins ? 
  2. Si ces futures salles sont aussi des espaces de consommation : deux conséquences : les usagers continueront à consommer et à consommer davantage puisqu’aux alentours il y aura le périmètre d’immunité pénale dont nous avons déjà parlé et bonjour le trafic et la délinquance.

Dans les deux cas, on n’aura rien résolu ni sur le plan de l’addiction ni pour les riverains car pour ces derniers ce sera inévitablement une vie dégradée, une vie sacrifiée. C’est pourquoi nous disons depuis 5 ans que ces structures doivent être à distance de riverains et qu’elles doivent avoir plus d’ambition.

Par ailleurs, rappelons que la SCMR de Paris dispose majoritairement de postes d’injection et seulement de 4 pour l’inhalation. Enfin, si le crack s’injecte aussi, la pratique la plus courante, comme chacun peut la constater dans les rues du NE de Paris, reste l’inhalation. La réduction des risques pour les « crackeurs » ne concernerait donc qu’à la marge les risques d’infection au VIH et VHC (via les seringues) qui ont justifié dans les années 1980 la création des SCMR dans leur forme actuelle. Pour les « crackeurs », les risques résident plus largement dans la destruction physique et mentale lourde qu’ils subissent.

D’où l’interrogation : quelle est la pertinence des salles de consommation pour eux, comme le prévoient les projets actuels ?


Question : Considérez-vous que le marché de la consommation de drogues dures continue à grossir à Paris, et que ce type de structure les entretient, les « chouchoute » plutôt qu’elle ne les endigue ?

Réponse : Il ne peut pas y avoir de salles de consommation supervisée sans trafic de drogues et sans périmètre d’immunité pénale, lequel est l’astuce juridique trouvée par le législateur pour ne pas être en contradiction avec la loi qui, en France, interdit la détention, la consommation et le trafic de drogues. Tous les responsables le savent parfaitement mais ceux qui font la promotion des projets actuels d’ouverture de nouvelles salles évacuent ce problème en ne l’évoquant même pas.

En gros c’est : tant pis pour les riverains, ils feront avec ! Il y a là une flagrante rupture d’égalité de tous devant la loi.

Fin.

Interview réalisée par le site saccage-paris.com


Sources:


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